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Amnesty dénonce l’abandon par les talibans des femmes victimes de violences sexistes.

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Accuse le mouvement de libérer sans discernement des milliers de personnes condamnées pour violence sexiste tout en fermant les centres d’hébergement de protection.

Paris :, 6 déc. (Cinktank.com) –

Amnesty International a dénoncé lundi que les services de soins essentiels pour les femmes et les filles afghanes victimes de violences masculines ont été « décimés » depuis l’arrivée au pouvoir des talibans. L’organisation a également accusé le mouvement islamiste radical de libérer des prisonniers condamnés pour violences sexistes.

À travers plus d’une vingtaine d’entretiens avec des survivants et des professionnels travaillant avec des personnes touchées par la violence, la secrétaire générale de l’organisation, Agnès Callamard, conclut que « les femmes et les filles ont été abandonnées », leurs réseaux de soutien « démantelés » et leurs lieux de protection « ont pratiquement disparu ».

L’ONG dénonce le fait que la situation actuelle ne correspond pas aux promesses que le porte-parole des talibans auprès de la communauté internationale, Suhail Shahin, leur a faites par téléphone à la fin du mois dernier. « Les femmes qui subissent des violences sexistes au sein de la famille, leur a-t-il assuré, peuvent être renvoyées devant les tribunaux, et ces derniers entendront leurs affaires et répondront à leurs doléances ».

Ces commentaires contrastent avec les témoignages recueillis lors d’entretiens avec des habitants et des professionnels des provinces de Badghis, Bamiyan, Daikundi, Herat, Kaboul, Kunduz, Nangarhar, Paktika, Sar e Pul et Tajar, dont les histoires ont un point commun : le manque de protection auquel sont exposées les femmes maltraitées depuis que les talibans ont fermé les refuges et les ont obligées à retourner chez elles, lieu de leur agression.

« Les cas étaient très extrêmes. Nous avons eu le cas d’une femme dont le mari lui avait arraché les ongles, et d’une autre qui avait été dépecée avec un pied de biche par son mari. L’une d’entre elles avait subi des abus constants dans sa famille. Elle ne pouvait même plus utiliser les toilettes », rapporte un professionnel de Nangarhar.

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Une femme identifiée comme étant Zeenat a déclaré qu’elle était régulièrement battue par son mari et son frère jusqu’à ce qu’elle se réfugie dans un refuge. Lorsque les talibans sont arrivés, elle a fui avec plusieurs autres femmes. Ils se cachent maintenant. « Mon frère et mon mari sont mes ennemis. S’ils nous voient, moi et mes enfants, ils nous tueront, et je suis sûre qu’ils me cherchent parce qu’ils savent que le refuge est fermé », a-t-elle déclaré.

UN SYSTÈME EN RUINE

Amnesty rappelle qu’avant la prise du pouvoir par les talibans à la mi-août, de nombreuses femmes et filles survivantes avaient accès à un réseau national de refuges et de services gratuits, notamment une représentation juridique, des soins médicaux et un soutien psychosocial.

« Le système était loin d’être parfait », reconnaît Amnesty, « mais il servait des milliers de femmes par an en Afghanistan, où neuf femmes sur dix subissent au moins une forme de violence de la part de leur partenaire intime au cours de leur vie », selon la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA).

Aujourd’hui, les abris sont fermés et de nombreuses personnes emprisonnées pour des délits de violence se promènent en liberté après que les talibans ont ouvert les cellules des prisons du pays, notamment lors de leur avancée finale vers Kaboul.

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Amnesty affirme que les porte-parole des talibans ont déclaré que ce récit était faux et que l’ouverture des prisons était la faute du gouvernement afghan qu’ils ont renversé, mais l’organisation dit disposer de « déclarations de témoins et d’autres personnes ayant des connaissances de première main » qui désignent des membres du mouvement taliban comme responsables.

Un professionnel du droit spécialisé dans les violences sexistes estime que quelque 3 000 personnes condamnées pour violences sexistes en 2020 ont été « libérées de prison dans le mois ».

« Il est difficile de croire, ajoute Callamard, que les talibans ont ouvert des prisons dans tout le pays sans penser au risque que représentaient les auteurs condamnés pour les femmes et les filles dont ils étaient les victimes et pour ceux qui s’efforçaient de défendre les survivants. »

Amnesty demande donc à la communauté internationale de fournir un financement immédiat et à long terme pour ces services de protection et d’évacuer les survivants et les prestataires de services en danger imminent, et exhorte les talibans à respecter leurs obligations envers les femmes et les filles, en particulier les survivants ou les personnes exposées à des violences sexistes.

« Pour protéger les femmes et les jeunes filles contre la violence, les talibans doivent autoriser et soutenir la réouverture des refuges et le rétablissement d’autres services de protection pour les survivants, rétablir le ministère de la Condition féminine et veiller à ce que les prestataires de services puissent travailler librement et sans crainte de représailles », ajoute Mme Callamard.

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